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Rencontre avec Moneim Rahma, journaliste soudanais, réfugié en France

mercredi 7 juin 2017


Dans le cadre de l’objet d’étude de français, La construction de l’information, et grâce au dispositif Renvoyé spécial, le lycée a reçu ce jeudi 1er juin 2017 un journaliste soudanais réfugié en France car condamné à mort dans son pays. C’est la Maison des journalistes qui est à l’origine du dispositif Renvoyé Spécial. La rencontre a été rendue possible grâce à la mission Arcadi financée par la Région Île de France.

Les élèves ont accueilli Moneim Rahma au CDI du lycée en présence de Mme Dessèvre, professeure documentaliste, Mme Ranty, professeure d’anglais chargée de la traduction, Géraldine Aurousseau, médiatrice culturelle ainsi que Nathalie Van Der Heyden de la mission Arcadi et Mme Maillard, professeure de Lettres-Histoire.

Début de la rencontre

Moneim Raham s’exprime en anglais. Il présente d’abord son pays, le Soudan : un grand pays, une très ancienne civilisation. « On y parle plus de 400 langues, il y plus de 500 groupes ethniques et 597 tribus. Les 250 pyramides attestent d’un passé pharaonique et glorieux. »

Ancienne colonie anglaise, le Soudan est devenu indépendant en 1956. « Depuis, c’est le « cercle vicieux » : une alternance de révolution, d’essai de régime démocratique et de régime dictatorial. Le pays est donc très instable. Cela fait 27 ans qu’il y a le même président : El Bashir y règne en opprimant son peuple ». Moneim Rahma le qualifie de criminel. Il explique que des milices armées se rendent dans des villages pour les brûler et violer toutes les femmes, de la plus jeune à la plus âgée.
Être journaliste au Soudan est donc très compliqué.
Moneim se confie alors sur les causes de son arrestation, ses circonstances et sa fuite.
« J’ai écrit des colonnes dans le magazine Blue : c’était un appel à la démocratie et aux droits de l’homme. Cela n’a pas plu au gouvernement. J’ai été arrêté en 2011et torturé chaque jour pendant un an, retenu dans une minuscule cellule. Le jugement a eu lieu et la sentence est tombée : la condamnation à mort. Personne ne savait où j’étais. J’ai été libéré grâce à l’intervention d’Amnesty International mais assigné à domicile pendant 6 mois. La sentence de peine de mort n’est toujours pas levée. »
Il nous raconte ensuite l’organisation de sa fuite, faite de hasards et de rencontres, puis son exil en Ethiopie et enfin en France.

Les moments forts de la rencontre

Le journaliste nous accueille chaleureusement dans une tenue traditionnelle soudanaise dont il s’est paré exprès pour nous : un petit gilet foncé sans manches sur des vêtements légers, blancs et amples. Il porte également des mocassins en peau de crocodile. Il explique qu’il peut faire plus de 45 degrés au Soudan et que sa tenue est la plus portée dans son pays à cause de la chaleur.
A un moment, il se met à chanter dans sa langue natale, debout. Il nous dit que c’est un cadeau.

Quelques questions / réponses retenues par les élèves

Yanis – Pourquoi avez-vous choisi la France comme pays d’accueil ?
M.R – C’est une très bonne question. La France soutient le peuple soudanais et c’est une terre d’accueil. Mais il est cependant difficile d’obtenir le statut de réfugié. J’ai du aller en Normandie pour l’avoir.
Je suis actuellement hébergé par la Maison des journalistes qui accueille 14 journalistes. C’est un lieu unique qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Thomas – Où avez-vous appris à parler anglais ?
M.R – Le Soudan ayant été une colonie anglaise, le pays est donc anglophone et les cours universitaires étaient en anglais mais plus aujourd’hui.
Je n’ai pas encore appris à parler français, certainement parce que j’ai pris mes distances en raison des difficultés avec la préfecture. Mais maintenant que je vous ai rencontrés, je vais apprendre la langue ! (rires)

Yanis – Avez-vous des projets en cours ?
M.R – J’ai écrit des recueils de poèmes et deux romans qui sont en attente d’être traduits. J’ai également rédigé des textes sur des tableaux grâce à des artistes rencontrés dans un bar « Le social Bar ».

Yanis – Où se trouve votre famille ?
M.R – Elle est toujours en Ethiopie. Elle doit venir en France mais je vais de rendez-vous en rendez-vous à la préfecture et la demande est en cours.
Ma femme m’a toujours soutenu et elle continue de le faire.

Baptiste – Quel genre d’articles écriviez-vous quand vous étiez au Soudan ?
M.R – Essentiellement des articles sur la liberté d’expression et la paix et donc pour dénoncer la politique répressive soudanaise. J’avais essayé de fédérer ce mouvement pour la paix lors de séminaires. Il y avait plus de 500 personnes.

Le lendemain, les élèves de 2MELEC MN font part de leurs impressions

Loïc :

« Cela était impressionnant d’entendre tout ce qu’un journaliste peut subir quand il se trouve dans un pays sans liberté. Il a l’air de bien s’être adapté à la France même après son passé douloureux. C’est difficile d’imaginer qu’un journaliste puisse avoir une vie si difficile »

Baptiste :

« J’ai trouvé que c’était bien car ça nous a permis de connaître son parcours. Il a beaucoup été aidé par des personnes qu’il ne connaissait pas et n’a jamais perdu espoir ».

Ruddy :

« J’ai trouvé que c’était une belle expérience de discuter avec un journaliste réfugié qui a vécu beaucoup d’épreuves dans sa vie. Ce qui m’a le plus choqué, c’est la façon dont il a abordé le sujet, sa situation. J’avais l’impression qu’il abordait cela comme s’il ne s’était rien passé. Il a aussi parlé de la France de deux façons différentes : il est heureux d’être en France car il y a la liberté d’expression mais il déplore les difficultés pour avoir des papiers à la préfecture. »

Robin :

« La rencontre avec Moneim Rahma était vraiment intéressante. Il nous a raconté ce qu’il a subi quand il s’est fait arrêter : il a été torturé à coups de bâton dans les genoux et s’est fait casser les dents. Tout son corps a été meurtri. Mais il s’en est sorti grâce notamment à un inconnu qui a contacté Amnesty international ».

Lucas :

« C’était enrichissant car ça nous a permis de savoir que tous les pays n’ont pas les mêmes libertés. On peut même se faire torturer pour un article désapprouvé par le gouvernement soudanais. »

Thomas :

« Moneim Rahma nous a parlé calmement des pires moments qu’il a vécus et parfois il en riait. Il est venu nous voir pour nous parler et nous le remercions de nous avoir fait partager son histoire car cela nous a fait prendre conscience de notre chance ».


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